Le cobaye politique

Filigrane

Depuis l’avènement du Renouveau Démocratique, le Bénin est devenu par excellence ou par abus de langage, le Laboratoire de la démocratie en Afrique. A tort ou à raison. Les expériences démocratiques engrangées depuis 1990, caractérisées par une régulière alternance démocratique et le respect strict du verdict des urnes, sont une avancée considérable pour ce petit pays qui jadis avait une caractéristique bien particulière dans les coups d’Etat. Le dernier ayant bénéficié d’un coup de force, et qui est ‘’monté en haut’’ par les urnes, reste l’icône de cette démocratisation d’un pays pourtant ancré dans une tradition de « Chef ».

Aujourd’hui jouissant d’une côte d’exemplarité qui est confondue à une côte de popularité continentale, le Bénin est confronté aux vraies réalités dans la pratique au quotidien de la démocratie. Les déterminants et les réactifs manquent cruellement et mettent sous boisseaux, les résultats de ce lieu de recherches.

Les dernières élections présidentielles qui ont porté Patrice Talon au Palais de la Marina, reflètent l’aspiration d’un peuple qui préfère l’équité à l’injustice, la tolérance à la violence et la paix à la guerre. Le mandat présidentiel bien que  personnel,  appartient au peuple. Le bien-être de ce peuple est la satisfaction qu’un Chef d’Etat peut tirer de ses expériences et de ses déboires et l’accomplissement de son programme en phase avec les réalités que vit ce peuple. Boni Yayi, n’ayant pu réaliser son rêve pour le Bénin s’est confondu en aveu au soir de ses deux mandats consécutifs pourtant de 5 ans respectif. Malgré les affaires dites d’empoisonnement ou de tentative de coup d’état  qui l’ont opposé à l’actuel président, c’est encore ce même Boni Yayi qui le premier s’est évertué à faire la paix d’abord par les bons offices de l’ancien président sénégalais Abdou Diouf et par l’entremise du président ivoirien Alassane Ouattara. Ça aussi, c’est un résultat à mettre à l’actif de ce pseudo laboratoire

Depuis l’ère de la Rupture, le laborantin de l’heure, cherche vainement les éprouvettes pour sortir la formule et l’administrer au peuple. Le refus de son mini projet de révision constitutionnelle par une frange de députés, a été un os dans sa blouse. Tant qu’il avisera, les nombreux patients qui pensaient à un petit tour et puis s’en va, attendront encore.

Le laboratoire rupturien, en moins de 24 mois sur les 60 de la première manche peine à montrer ses premiers essais. Pendant ce temps, le peuple s’impatiente, les éminences grises s’affairent toujours et les espoirs sont reportés de jours en jours. Une course d’endurance ne se fera pas sur des chaussures à talons, et Patrice Talon le sait bien qu’à un moment donné, il faudra proposer une autre thérapie sinon le patient perdra espoir. Ça aussi c’est un travail de laboratoire.

Servir de cobaye n’est pas une mince affaire. 

 

Régis de SOUZA