Quand le nobeliste donne un mauvais exemple

Filigrane

"La guerre rend les hommes amers. Des hommes sans cœur et sauvages", C'est le discours de paix qu'a tenu le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lorsqu'il a reçu le prix Nobel de la paix, il y a moins d'un an. Et maintenant, c'est lui qui a allumé une désastreuse opération militaire dans le Tigré en asphyxiant cette région du Nord. Ces troupes ont guerroyé comme des forcenés. Tigré est devenu le théâtre de graves événements, de destruction massive. Pendant près de trois semaines, les troupes du prix Nobel de la paix ont progressé dans cette région, dernier bastion du Front populaire de libération du Tigré. Elles ont cherché à évincer le TPLF, parti au pouvoir dans cette région du Nord de l'Ethiopie. Le TPLF est un ancien mouvement de guérilla qui a pris le pouvoir en 1991. Il a conservé le Tigré comme dernier bastion politique après avoir perdu le contrôle du gouvernement fédéral au profit de M. Abiy en 2018.

Pourquoi assiste-t-on à ces opérations militaires ? Selon le gouvernement éthiopien, le TPLF a attaqué une base militaire fédérale. Mais selon les propos de Awol Allo, professeur de droit à l'université de Keele, en Angleterre rapportés par la BBC  «Abiy a exclu tous les membres du TPLF du cabinet [en 2019]. Il a ensuite reporté les élections. Le TPLF a alors organisé des élections au Tigré. Ils ont affirmé ne pas le reconnaitre [comme premier ministre]. Il a en retour affirmé qu'il ne les reconnaissait pas, et c'est ce qui a conduit à la guerre»

Et voilà. Quand les intérêts sont menacés, les discours changent, les positions aussi. L'homme qui autrefois, prônait la paix, est devenu le prototype de la guerre. Il l'alimente comme on alimente un feu avec du bois sec. Dans le but d'atteindre son objectif,  Abiy a rejeté les appels à la médiation, y compris celui de l'Union africaine (UA) qui a son siège dans son propre pays. La situation actuelle que traverse le Tigré,  montre que les propos rassembleurs, les propos de paix que le nobeliste  avait tenus n'étaient que du simulacre.

Pendant trois semaines, les armes ont tonné, les balles ont sifflé dans cette ville. Les hôpitaux débordent de blessés graves. Jeremy England, le chef des opérations du Comité International de la Croix Rouge a affirmé que « Les médecins font face à des choix terribles. Ils doivent trier les patients, entre ceux qu’ils peuvent traiter ou non. Ils choisissent en fonction du matériel restant à leur disposition, en fonction des coupures d’électricité et en fonction de leur capacité à désinfecter les outils entre les opérations ». Sur les 400 blessés,  80% seraient des blessés graves selon Radio France Internationale. Et la situation humanitaire dans cette région est encore plus inquiétante. Le gouvernement éthiopien empêche les humanitaires d'accéder aux zones de combat. Les réfugiés érythréens au Tigré sont ainsi livrés à eux-mêmes, sans nourritures, sans soins, dans une situation inhumaine.

Le prix Nobel de la paix doit savoir qu'il a une grande responsabilité dans la promotion de la paix en Éthiopie en particulier et dans le monde en général. Comme l'a dit Awol Allo, ce dont l'Ethiopie a besoin «c'est d'un gouvernement qui gouverne avec beaucoup plus de patience, de tolérance, et qui donne une chance à la paix et à la médiation. Au lieu de cela, les deux se préparent à la guerre».  Il faudrait que chacun sache que l'heure est à l'unité, à la paix afin qu'ensemble on puisse sonner le glas de développement de l'Afrique.

Léonce HOUNLIHO