Littérature : Le Père Eric parle de la Peur…

Culture

La littérature béninoise s’est enrichie d’un nouvel ouvrage. Lumière sur les racines organiques des peurs au Bénin, cet essai du Père Arnaud Eric Aguenounon fait un décryptage de la nature des peurs au Bénin pour ensuite faire des approches de solutions.

Faire connaître les peurs de la société béninoise, les décrypter, aider à en étouffer les foyers pour renouer avec la vérité, la raison et la foi afin de parvenir à un développement total. C’est l’exercice de ce livre du père Arnaud Eric Aguénounon d’une centaine de pages disponible depuis ce vendredi dans les librairies. Placée sous le parrainage de l’ancien ministre de la justice, Abraham Zinzindohoué, la cérémonie de lancement s’est déroulée en trois grandes étapes : la présentation du l’ouvrage par l’écrivain-chroniqueur Constantin Amoussou, le débat puis la vente aux enchères.

Dans son discours de bienvenue, le représentant du directeur de l’ISBA, Simon Assogbakin s’est félicité de ce que l’Institut abrite ce lancement car servant ainsi à son premier objectif qui est d’être un lieu d’échanges scientifiques. En reconnaissant l’importance de la thématique abordée par l’auteur, il a émis le vœu de voir l’ouvrage contribuer à purifier la société de certaines peurs qui ne sont pas de nature à contribuer au développement.

Constantin Amoussou dans sa présentation du livre explicite dans un premier temps les différents types de peur que l’auteur soulève dans l’ouvrage. Il s’agit des peurs naturelles et celles manipulatrices. Pour les premières, elles sont ressenties par tout le monde et jouent un rôle important dans la survie de l’individu. Par contre, il y en a que l’auteur met sous le sceau de la manipulation de la société pour induire un comportement particulier chez l’individu. Celles-ci peuvent être positives et constructives comme la peur du gendarme par exemple. Dans le même temps, d’autres déterminées comme pernicieuses brisent l’individu dans sa confiance en lui, dans les autres et même dans la société. Il ressort que la plupart des Béninois vivent au quotidien dans cette peur et qu’elle se retrouve dans toutes les sphères de la vie nationale. Ils cherchent en conséquence, et en permanence, des moyens pour se protéger de cette peur en recourant souvent aux savoirs endogènes, notamment le « bô » et le « glo » (gris-gris), le premier perçu comme "offensif" et le suivant qui est le "défensif". Selon le présentateur, l’auteur fait dans une autre partie la psychologie de la peur d’où il ressort que la vie dans l’angoisse permanente est la cause même de nombreux maux que connaissent les populations. Il s’agit, selon Constantin Amoussou, d’une sorte de « peur de la maladie » qui finalement entraine « la maladie de la peur ». Alors, l’auteur propose l’approche de la foi. Il invite les citoyens à rechercher la solution à leur peur dans la foi en Dieu. Car, il est évident qu’aujourd’hui tous les moyens pour combattre la peur se trouvent limiter quand ils se détachent de Dieu. Pour le père Arnaud Eric Aguénounon, seule une communion sincère et assidue avec Dieu et une solidarité agissante constituent la garantie pour renouer avec une vie sans peur de la souffrance, du mal. Une vision entièrement partagée par le père Raymond Goudjo intervenue lors des débats et qui pense que la peur n’a jamais rien construit ; elle n’a fait que détruire.

L’auteur profitant des questions posées par les participants lors des débats n’a pas manqué de récuser l’usage fétichiste des sacramentaux. Son invite à faire face à la peur à travers la fenêtre de la foi ne signifie par une instrumentalisation de Dieu ou de la foi pour se protéger.

Avant la séance de dédicace qui a mis fin à la cérémonie de lancement, il a eu une vente aux enchères à l’américaine du livre pour un total de 615 000 F CFA.

 

Jesdias LIKPETE