Décès de Ezin Gagnon : Le rythme Toba en sursis

Culture

Malade depuis des années, la légende du rythme toba Ezin Gangnon, en dépit des efforts des uns et des autres, a rendu l'âme le jeudi 24 décembre 2020 après une évacuation à l’hôpital militaire Camp Guezo.

Jeudi 24 décembre 2020. Un jeudi noir pour ls artistes de la chanson traditionnelle en general et la région mahi en particulier. Jeudi sombre pour le monde musical béninois. Une belle voix s'est éteinte, laissant derrière, des pleurs et des regrets. Ezin Gagnon a gravé son nom dans le livre d’or de la musique béninoise. Et le voilà partir sous d'autres cieux.

Voix infra-grave. Un timbre vocal brillamment imposant. Une vision de vie instructive. Ezin Gagnon alias "Bôtchi-bôtchi" le doyen des chanteurs de la région mahi se révèle tel un bréviaire pour la jeune génération d'artistes. Les leçons que véhiculent ses chansons et surtout la manière de livrer les messages le rendent singulier. La nouvelle de sa mort sonne comme un coup de tonnerre et plonge le monde culturel béninois dans la mélancolie. Les premières informations faisaient état de ce que le roi du rythme toba souffrait de diabète et de tension artérielle. Soigné initialement à Savalou, le chanteur a été transféré à l'Hôpital d'instruction des armées de Cotonou pour recevoir des soins appropriés. Mais cette évacuation n'a pas suffit et le roi a définitivement rangé le micro à l'âge de 84 ans.

Rénovateur du "Toba hanyé"

Artiste compositeur et chanteur, Ezin Gangnon est menuisier de formation. Il s'est lancé dans la musique depuis des décennies, par le rythme ''tchingounmin'' avant de se consacrer définitivement au Toba qu'il a rénové en y introduisant beaucoup de nouveautés dont la plus remarquable reste le kpahoun. Il peint ce rythme à sa manière et le rend plus populaire. Il a à son actif un nombre considérable d'albums avec des titres qui sont restés indélébiles dans la mémoire collective. Mais depuis près de sept  ans, Ezin Gangnon a involtairement abandonné la scène à cause d'un défaut d'articulation dû à la maladie.

Il est marié et père de plusieurs enfants. L'un de ses enfants a opté pour la musique en prenant le chemin de son père  sous le nom d'artiste Adissô.      Il est la troisième figure emblématique de la musique traditionnelle Mahi à tirer sa révérence outre Alokpon et Aledo.

Raoul Donvidé