Issifou Kougui N’Douro, un véritable outsider

Interview

Fils aîné d’une famille de sept enfants Issifou Kogui N’DOURO après sa maîtrise de géographie – option aménagement de l’espace urbain, son diplôme d’études approfondies (DEA) à l’université Louis Pasteur de Strasbourg, sa thèse de Doctorat de 3e cycle, option aménagement de l’espace rural à Strasbourg en France, a commencé son cursus professionnel comme enseignant au Bénin. Chargé de recherches, puis directeur de projet plantation d’arbres sous l’égide du PNUD et de la FAO, Issifou Kogui N’DOURO, s’est vite retrouvé fonctionnaire international où il a exercé plus précisément à l’Organisation Internationale de la Francophonie. En 2006, il a œuvré activement à l’avènement du président Boni Yayi, qu’il a servi en tant que Ministre d’Etat chargé de la Défense, puis ministre d’Etat chargé des Affaires présidentielles avant de quitter le gouvernement en août 2013. Candidat à l’élection présidentielle de février 2016, Issifou Kogui N’DOURO, revient dans cette interview sur ses ambitions, ses motivations et son projet de société.

Propos recueillis par Ghyslain-Euloge NANGA

M. Kogui N’DOURO, en dehors de ces grandes lignes que nous venons d’indiquer, on en sait très peu sur vous et votre passage à l’Organisation Internationale de la Francophonie. Pouvez-vous nous éclairer un peu ?

En effet, après avoir servi comme Directeur de Cabinet au Ministère du développement rural, j’ai été recruté comme fonctionnaire international au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à la suite d’un appel à candidatures. J’ai successivement occupé au sein de l’OIF, les fonctions de Chargé de programmes, de Directeur adjoint en charge des finances et de l’administration, En cette qualité j’avais en charge l’élaboration des budgets, le suivi de l’exécution administrative et financière ainsi que l’évaluation des programmes de l’organisation et l’animation des conférences internationales. J’ai fini au poste de Chargé des Unités hors-siège, à New-York, Lomé, Hanoi, Addis-Abeba, Libreville, Genève et Bruxelles. J’y suis resté jusqu’en avril 2006. La suite vous la connaissez.

Vous être candidat à l’élection présidentielle de février prochain. De nombreux béninoises et béninois ne comprennent pas pourquoi ? Surtout que vous avez été à un moment donné l’homme fort du régime du changement. Dites-nous pourquoi Boni Yayi ne vous a pas désigné comme dauphin ?

Comme je l'ai souvent dit et écrit (sur les réseaux sociaux), l'aventure du Dr Yayi a commencé à deux, dans mon bureau à Paris alors qu'il était Président de la BOAD et moi, Directeur Adjoint en charge des Finances et du développement des unités hors siège de l'Organisation Internationale de la Francophonie. Nous avons rédigé ensemble le projet de société qui nous a conduits au pouvoir en 2006. Nous sommes allés chercher les ouvriers de la première heure pour gagner cette bataille. Personne ne nous attendait. Je pense que mieux qui quiconque, je connais l'essence même des projets qui ont été portés dès 2006. Mieux que quiconque, je sais exactement là où le curseur s'est arrêté et quelles en sont les raisons. Des choses ont été faites ; je peux rappeler les réformes dans l’éducation nationale, la santé (avec les efforts sur la césarienne, la lutte contre le paludisme), les infrastructures notamment routières. Mais il y a eu aussi des faiblesses : l’énergie par exemple, l’emploi des jeunes. J’ai été Ministre d’Etat en charge de la défense, puis des Affaires présidentielles. Souvent consulté sur certains dossiers. Je l'assume entièrement. Mais je ne suis pas responsable de tout. Mais faut-il abdiquer ? Ce n'est pas mon genre. Le Président a fait un choix que je respecte. Je l'ai rencontré pour lui expliquer les raisons de ma candidature ; et je pense que nous nous sommes compris. C’est une candidature à laquelle je donne le caractère d’un acte républicain. Il reste à chaque candidat de prouver l'authenticité de ses propositions, et de démontrer la connaissance qu'il a de ce pays, de ses acteurs, de notre histoire. N’est pas Chef d’Etat qui veut ; mais qui peut !

Pensez-vous avoir de sérieuses chances de gagner ?

Pensez-vous que si je n’avais pas une certaine conviction et une certaine espérance pour ce pays, ses femmes et ses hommes, sa jeunesse, je serais candidat ? J’ai des propositions pour le Bénin en douze chantiers qui composent mon projet de société. A chacun de ces chantiers, j’ai établi avec mon équipe un programme d’action précis et concis pour les cinq ans de mon mandat. Les détails sont disponibles sur mon site internet www.issifoukogui.com

Mes propositions pour le Bénin sont simples et concises. Mon souhait est de faire de ce mandat, un mandat de transition : remettre le pays en ordre de marche et organiser l’arrivée au pouvoir de la nouvelle génération. Les anciens ministre Abdoulaye Bio Tchané et Premier Ministre Pascal Irénée Koupaki ont une expérience avérée de l’exercice du pouvoir. Il serait difficile de ne pas compter avec eux si on aime ce pays. Le Premier Vice-Président de l’Assemblée Nationale (Eric Houndété), également candidat à cette élection me parait une option sérieuse pour l’avenir. Il y a aussi d’autres talents comme Arifari Bako (ancien ministre), Simon Pierre Adovelandé. Ils devront jouer des rôles de premier plan dès 2016 comme les nouvelles compétences qui ont fait leurs preuves et que nous devrons promouvoir. Il s’agira donc de réformer le paysage politique, d’organiser la vie des partis et d’établir un véritable statut pour l’opposition.

Pouvez-vous nous donner quelques détails sur les priorités de votre mandat ? Sur quoi serez- vous d’abord et avant jugé au terme des cinq (5) ans ?

J’aurai à cœur trois grands secteurs : l’éducation, la santé et les infrastructures. Un peuple qui n’est pas formé est un peuple qui va mourir. Un peuple malade ne peut pas produire. Et sans infrastructures nos industries et nos services ne peuvent ni se développer, ni être compétitives ; vous fermez de ce fait la porte à la création d’emplois et de richesses.

J’organiserai également un travail de fond sur la réforme institutionnelle et sur le développement du numérique, de l’agriculture, de l’économie verte, notamment avec les énergies renouvelables et les énergies traditionnelles. La culture et le tourisme ont également un potentiel énorme sur lequel nous allons nous appuyer pour créer de nouvelles filières. Nous sommes au 21eme siècle et il faut inventer de nouveaux modèles. Il faut adapter notre système d’éducation à la notion d’employabilité. Il faut retenir nos cerveaux chez nous et établir des partenariats avec la sous-région et l’international. L’Afrique et le Bénin en particulier doit comprendre que son destin est entre ses mains. Et nous devons y préparer notre jeunesse.

Avec une bonne politique d’intégration dans la sous-région, des rapports sains avec nos partenaires privilégiés bilatéraux, je suis persuadé que je laisserai à la génération suivante, un pays qui fonctionne et les bases pour un avenir radieux. C’est possible et ce n’est pas compliqué.