Trophées « Initiatives Climat » Roméo Azonhoumon promeut le charbon « vert »

Interview

Pour cuisiner au Bénin, 80% des foyers utilisent du charbon de bois, une source de pollution et une cause de déforestation. Afin de palier les conséquences de l’usage du charbon de bois, Enoc Roméo AZONHOUMON, avec sa start-up « Almighty Service plus»,  produit des briquettes de charbon vert, une énergie propre pour tous les consommateurs. La méthode : produire des briquettes de charbon ''COCOBRAISE'' à partir des déchets organiques tels que les coquilles de noix de coco et la sciure de bois … etc. Nominé aux trophées « Initiatives Climat » à la COP 22, Enoc Roméo AZONHOUMON dévoile davantage ses ambitions pour la protection de l’environnement à Marrakech.

Outre ce trophée de Nominée aux « Initiatives Climat » à la COP22 de Marrakech, Enoc Roméo AZONHOUMON, a également remporté le prix « Entrepreneur Tony Elumelu 2016 », lauréat de l’initiative « 100 projets pour le climat » du Ministère français de l’environnement et de l’énergie en juillet 2016, finaliste des « African Rethink Awards (ARA) 2016, du Land of African Business (LAB) à Paris en octobre 2016.

Fil Infos : Enoc Roméo Azonhoumon, vous êtes porteur de l’initiative : « Briquettes de charbon écologique et système solaire » réalisé d’avril à décembre 2015, pouvez-vous nous présenter plus amplement votre projet ?

Enoc Roméo Azonhoumon : Je suis promoteur d’une start-Up dénommée « Almighty Service plus». Nous sommes dans tout ce qui concerne les énergies renouvelables.nous avons deux projets phares : la production de briquettes de charbon et la distribution de systèmes solaires domestiques surtout en milieu rural. Le premier projet qui concerne la production de briquette est beaucoup plus avancé. Pour le deuxième, l’étude et la phase pilote ont été faites, il nous reste à déployer le système sur le terrain.

Pour la production des briquettes, au Bénin, le charbon de bois est très prisé pour l’usage domestique. Malgré l’utilisation du gaz domestique dans certains ménages, le charbon de bois domine. Notre solution est de contribuer à la protection des forêts car l’utilisation massive du charbon de bois créé la déforestation. Nous récyclons les déchets organiques, de la biomasse qui sont en abondance et de les transformer en combustibles de qualité qui puisse rivaliser sinon être supérieur en terme de pouvoir énergétique au charbon de bois.

Dans le cadre de la COP 22, vous présentez votre projet aux initiatives climat quelle était pour vous le défi à relever ?

Le défi à relever c’était d’abord de présenter ce qu’on a comme innovation, de présenter les facettes du Bénin qui n’est pas bien connu à l’extérieur, permettre à ce qui travaillent sur ce projet d’avoir la vitrine de la COP 22 et de montrer à la face du monde qu’au Bénin il y a de magnifiques choses qui se font et qui méritent une meilleure attention.

Vous diriez que la mission est accomplie ?

Elle est en partie accomplie car il reste beaucoup à faire. Nous avons fait un pas très important et aujourd’hui les gens connaissent davantage le Bénin à travers notre initiative et dans l’avenir cela se bonifiera.

Nominé en juillet 2016 dans le cadre du processus de sélection, vous avez vu ce 17 novembre à Marrakech à la COP 22, vos efforts couronnés de succès en obtenant le trophée initiatives Climat. Est-ce pour vous une clé pour l’avenir ?

C’est un pas de plus pour notre palmarès. Cette expérience vient étoffer notre parcours. Cela nous motive davantage à progresser. Un jour on atteindra le sommet. C’est pour nous un grand pas, un pas décisif dans le contexte de la COP22. Beaucoup, de partenaires, d’investisseurs se rapprochent de nous, s’intéressent à nous, ils veulent venir au Bénin, nous découvrir, découvrir les autres porteurs de projets aussi.

Dans quelle catégorie avez-vous postulé et combien de challengers avez-vous surpassé ?

C’étaient 250 projets au départ pour l’ensemble des initiatives. Nous, nous avons postulé dans la catégorie des entrepreneurs verts jeunes. Après la phase de présélection, 6 initiatives ont été retenues. Nous sommes 6 entrepreneurs verts jeunes venus de pays africains tels que le Togo, le Cameroun, le Burkina-Faso, le Bénin. Deux sont lauréats et quatre nominés dont moi représentant le Bénin. Je ne suis pas déçu parce que j’ai bravé toutes les étapes même si à la finale je ne l’ai pas emporté. Le jury a d’ailleurs clamé que tous les projets s’équivalent, le choix c’est fait difficilement. Le Togo et le Cameroun sont sortis lauréats. Les trophées devaient être remis uniquement aux lauréats mais au regard de la qualité des projets arrivés en finale, le jury a décidé de remettre des trophées au 6 finalistes. Ce sont les mêmes trophées mais il est marqué « Nominées » sur les nôtres et « Lauréat » sur les deux autres. Les lauréats en plus des trophées ont reçu chacun un chèque de 2000 euros.

A cette COP 22, avez-vous pu nouer des partenariats pour renforcer vos capacités ?

Nous avons longuement échangé avec le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), ici à Marrakech qui nous a demandé de prendre contact avec l’antenne nationale au Bénin. Il y a aussi le GEF : Global Environment Facility. Nous avons échangé avec la Directrice Madame Nuako ISHI, basée à New York qui a promis voir comment nous accompagner par des structures partenaires. Nous avons rencontré beaucoup de partenaires ici à la COP 22.

Où se situe votre siège au Bénin ?

Notre lieu de production est à Clavi, à 200 mètres de l’Université d’Abomey-Calavi. Nous sommes d’ailleurs en partenariat avec le centre Valdera : le Centre de Valorisation des déchets en Energies Renouvelables et en Agriculture avec le professeur Placide Clédjo.

Combien de personnes emploie votre unité de production ?

Pour le moment nous faisons de la production manuelle avec quatre personnes. Mais nous avons déjà passé les commandes pour des équipements plus sophistiqués afin de passer à l’étape industrielle. Actuellement notre quantité de production varie entre une et deux tonnes de briquettes de charbon vert par mois. Avec la production manuelle, il est difficile d’atteindre 50 à 60 kilogrammes par jour et il faut deux jours pour les sécher. Pour le moment nous n’arrivons pas à atteindre un grand nombre de consommateurs.

Combien de foyer peut satisfaire une production d’une à deux tonnes par mois ?

Un foyer de quatre personnes peut satisfaire ses besoins journaliers à raison d’un déjeuner et d’un dîner avec un kilogramme de briquettes de charbon vert que nous vendons à 200f le kilo. Cela offre une fois et demie plus de combustion. Ce charbon est compressé, il passe par des moules ce qui fait qu’il brûle plus longtemps. Mais quand nous passerons à la phase industrielle, notre production sera plus performante, plus accessible également. Nous augmenterons aussi le personnel, surtout les équipes sur le terrain avec un système de distributeur à Cotonou, Porto-Novo, Kpahou, Akassato, Glo. Beaucoup de gens seront impliqués dans le projet, ce sera une grande opportunité d’offres d’emplois. Cette phase sera avantageuse aux agriculteurs aussi car nous aurons davantage besoin de résidus agricole comme matières premières. Ce sera une source de revenus supplémentaires pour nos parents agriculteurs.

 Faut-il des fourneaux spéciaux pour utiliser les briquettes de charbon vert ou écologiques que vous produisez ?

Le consommateur peut utiliser les fourneaux auxquels il est habitué mais il est plus rentable d’utiliser les foyers améliorés qui concentrent la chaleur grâce à l’argile qui est déjà cuite à l’intérieur des foyers améliorés, ce qui est plus économique.

Propos recueillis par Inès KUASSI NANGA