Désiré Vodonou sur Café Médias Plus : « Si Talon est impopulaire, il sortira par la grande porte »

Interview

Désiré Vodonou acteur politique, ancien député était l’invité du Café Média Plus du vendredi 29 janvier 2021. Pendant environ une heure, l’honorable a débattu de l’actualité politique au Bénin mais aussi du recouvrement de ses droit civiques. Au détour de sa présentation et de l’exercice de réponses aux questions des journalistes, Désiré Vodonou, s’est prêté aux questions de Fil Infos. On retiendra de l’ancien député sa reconnaissance  à DIEU et à l’esprit d’équité des Sages de la Cour Constitutionnelle qui ont dit le droit. Par ailleurs, il a affirmé son soutien au Président de la République et son adhésion au Bloc Républicain.

Comment se sent-on quand on recouvre ses droits civiques ?

Est-ce-que je parlerai d’état d’âme ? Non! Puisque je me considère toujours comme citoyen malgré que je n’aie pas le droit de citoyenneté. Mais aujourd’hui, je crois que je dois dire merci à Dieu puisque c’est lui qui est au début et à la fin de toute entreprise. Et si aujourd’hui, il a jugé bon que Désiré Vodonou doit être de nouveau un citoyen béninois, pour moi c’est un remerciement à son endroit. Donc c’est ce que je peux dire. Puisque c’est lui qui est l’Alpha et l’Omega. Ce n’est pas de l’homme que dépend tout. Sinon je ne serai pas là.

Vous avez fait un recours le 15 juin 2020, le recours a abouti il y a deux semaines, le 07 janvier 2021. Est-ce-que vous pouvez nous décrire un peu le processus qui a abouti à ce que vous recouvrez vos droits civiques ?  

Je n’ai jamais cessé, depuis  le 13 avril 2011, après ce triste évènement, de continuer de clamer mon innocence, et de trouver en la décision prise, une injustice. Donc je ne vous dirai pas que c’est pour la première fois que j’introduis un recours. Cela a été plus de dix fois. Aujourd’hui je dois pouvoir dire à Dieu que les sages qui sont aujourd’hui à la Cour Constitutionnelle sont allés dans mes droits. Et je remercie les juristes, les avocats, les constitutionalistes qui depuis dix ans me conseillaient ; et je crois que c’est le bon recours et les bons arguments qui ont amenés désormais la Cour Constitutionnelle, à dire le droit, et aller dans le sens que cela devrait être.

Aujourd’hui Désiré Vodonou peut à nouveau voter, il peut par conséquent se mettre sur une liste électorale. Quel est le positionnement politique de Désiré Vodonou ?

La première des choses est qu’aujourd’hui  je suis un citoyen Béninois, ayant tous ses droits civiques. Donc je peux être éligible comme électeur. Mais comme je vous le disais, vous êtes béninois et vous devez savoir que depuis ce 13 avril jusqu’à aujourd’hui, je ne suis pas resté sur mes lauriers. Je ne suis pas allé dormir. J’ai toujours continué le combat politique. Je donnais mon point de vue. J’opinais quand il était question d’opiner. Je me battais quand il était question de me battre, malgré que certains adversaires ou frères disaient « on ne sait pas pourquoi il continue de se battre ». Mais moi j’ai dit quand on vit, on a de l’espoir, et tant qu’on a de l’espoir, je suis convaincu que si on n’est pas mort, un jour, la vérité se saura. Je ne peux pas dire que j’ai été absent du paysage politique béninois. Maintenant, à votre question de savoir où je me situe aujourd’hui, en mon âme et conscience et avec mes camarades, on a décidé d’aller au “Bloc Républicain“. Donc me poser la question aujourd’hui de savoir où je me situe, je dirai sans état d’âme que je suis de la mouvance et que je suis avec le “BR“. Le reste peut se deviner.

Dans la perspective de la Présidentielle d’avril prochain, le “BR“ a désigné le chef de  l’Etat comme son candidat. Quelle pourrait être votre action dans votre région pour accompagner cette candidature ?

Vous ne devez pas être sans savoir que je suis ancré dans le système du Président Talon, où je me bats comme cela se doit pour sa réélection. Et d’abord, je me suis battu pour son élection, parce que quand j’étais dans le secret des dieux, où il disait qu’il n’allait pas se présenter, le mot qui revenait chaque fois à la bouche quand j’ai l’occasion de le rencontrer, ou je suis dans mon parti politique à peaufiner les stratégies, à le convaincre à ce qu’il soit candidat à sa propre succession, je dis « Mr le Président, vous allez commettre un crime de lèse-majesté, si vous n’acceptez pas d’être candidat pour continuer la dynamique dans laquelle vous êtes en train de travailler ».  Et ceux qui m’ont suivi lorsque je suis rentré en politique en 1989, ceux qui m’ont suivi dans toutes mes péripéties vont comprendre que quand Désiré Vodonou prend une décision, c’est parce qu’il a réfléchi. Puisque étant homme d’affaire, j’ai été opposant farouche à un régime dans ce pays, malgré que tout y est. Mais à partir du moment où moi j’ai toujours mis au cœur du développement, l’être humain, si je ne me retrouve pas, je ne le fais pas. Si on a le temps, je développerai pourquoi c’est Talon ou rien pour moi. Ce n’est pas de sa personne qu’il s’agit. Mais j’ai trouvé certaines vertus dans ce qu’il est en train de faire depuis. Je n’ai pas cru en lui en 2016 par sa personne. Mais j’ai mes raisons et je l’ai dit plusieurs fois. J’ai soutenu le candidat Zinsou. Vous voulez que j’aille un peu dans le détail. Je ne suis pas quelqu’un qu’on convainc facilement. Je ne suis pas quelqu’un qui va là où tout le monde doit  aller. J’ai ma façon de voir la politique et je suis rentré en politique parce que je veux être utile à mes populations. Et à partir de là, j’ai toujours à cœur ce qu’il faut faire pour contribuer au développement de cette population. Donc quand je me retrouve devant des situations ou je ne retrouve rien qui puisse impacter directement la vie de cette communauté, je suis virulent dans mes positions. Et c’est cela que beaucoup ne comprennent pas pour dire « comment celui-là peut être un homme d’affaire à carrure internationale et se permettre de s’opposer au système en place ? ». Je vous dirai simplement qu’en 2016, j’ai fait mon choix. Vous savez que Yayi Boni a été mon bourreau, puisque j’ai été un opposant farouche. Cela a surpris plus d’un. L’on me demandait « mais il est fou ? Celui qui a été son bourreau, à six mois il choisit le candidat qu’il a désigné… ». Ceux qui sont autour du président Talon sont allés me voir, parce que je ne suis pas n’importe qui dans les départements du Zou et dans l’Atlantique Nord. Mais j’ai dit simplement ceci. J’ai dit que j’aime mon pays. Et je suis convaincu que quand deux frères se battent, et que l’on prend le pouvoir chez un frère pour le remettre à l’autre, ce n’est pas de la famille qu’il s’agit, mais de ceux qui compose la famille qu’il s’agit. Et que cette lutte fratricide qui va exister entre ces deux frères ne permettra pas l’éclosion de la famille. A partir du moment où moi mon dernier rempart, c’est le bien être de la population, j’ai dit que le président Talon est un mauvais choix. Malgré que j’aie dit cela, ma population est allée dans ce sens. Ils ont voté pour lui Et si vous allez sur ma page Facebook, j’ai écrit en quittant Zogbodomey  pour revenir à Cotonou, un message au président Talon, pour dire « toute ma vie j’ai combattu pour le bien-être du zou et de l’atlantique nord. Voilà que malgré que j’aie dit de ne pas voter pour lui parce que je suis convaincu que sa gouvernance facile et que cela n’apportera rien à la population, la démocratie est ce qu’elle est, mes populations viennent de le choisir. Et que ce que je lui demande, il doit être d’abord impopulaire ». Ce mot est venu aussitôt après les résultats. Si vous allez sur ma page Facebook en mars 2016, vous allez le lire. Et s’il n’est pas impopulaire, il ne pourra pas remettre ce Bénin au travail. Parce que je suis convaincu. Et c’est cela qui fait d’ailleurs mon combat. Le peuple béninois n’a pas appris à travailler. Et on ne veut pas véritablement se mettre au travail. Or, seul le travail est libérateur. Donc j’ai dit que s’il est impopulaire et qu’il ne veut pas faire du “m’as-tu vu“  et des règlements de compte, il sortira par la grande porte, et que je lui souhaite bon vent, et qu’au fil du temps, si je l’observe et qu’il va dans la voie qui est tracée, il me verra comme soutien. Après cela je suis parti du pays. Parce que je ne croyais pas à ce qu’il se passait. Mais je vous dis que j’ai été sidéré les premiers jours. Sa première décision qui a été « je ne fais pas de conseil de ministre sans être présent », j’ai dit celui-là connait les politiciens béninois. Et aussitôt après, vous allez constater que tous les mercredis, depuis que le président Talon est  au pouvoir, il y a toujours un changement. Il y a toujours des reformes. Et malgré que cela ne prend pas, ce sont des reformes qui, à mon avis, sont le socle d’un développement harmonieux pour le peuple béninois demain, même s’il n’est plus là. Allez-y prendre les comptes rendus des conseils des ministres depuis 1989 et depuis qu’il est venu le 06 avril 2016, vous verrez qu’il y a toujours un changement. C’est la première des choses qui m’a épaté dans sa gouvernance. La deuxième chose, ce sont les évènements du 1eret  2 mai 2019, le jour ou le procureur Mario [L’ancien procureur de la République Mario Metonou ] a déclaré à la télévision qu’il ira chez l’ancien président Yayi Boni, pour lui lire ses actes d’accusations. Cela veut dire qu’il veut l’envoyer en prison. J’ai dit que ce que je dis, allait arriver. Mais au lendemain de la lecture, le président Talon s’est rendu au Nigéria. Quand il est revenu de son voyage, il a appelé les sages de Savè et environ, et il a calmé la tension. C’est la deuxième chose importante qui m’a permis moi de dire que ce monsieur n’est pas comme les politiciens avec lesquelles j’ai vécu. La deuxième raison qui m’a épaté moi dans sa gouvernance. Sinon, si le jour-là, il avait laissé faire et que le président Yayi était allé en prison, on ne serait pas assis là en train de discuter et parler encore de son second mandat. Cela va être l’apothéose. Je sais de quoi je parle. Heureusement qu’il s’est mis au-dessus de la mêlée, de toute configuration politique et a cru à ce qu’il faisait, et est allé dans le sens de l’apaisement. C’est à son actif. C’est la seconde chose qui m’a permis de me décider d’aller au “BR“. La troisième chose qui est sans ambages et dont j’ai contribué, il a fait des lois. Il fait voter des lois. Il a fait des choses que seul celui qui est téméraire peut faire. Parce que je connais le nerf sciatique du politicien béninois. Je ne suis pas des moindres. J’avais déjà de l’agent avant de rentrer en politique. Je ne suis pas allé chercher de l’argent en politique Et ce que j’ai vécu, je l’ai vécu comme un martyr dans la gestion du pays.

Vous avez fait une déclaration chez vous à Zogbodmey. Quelle était la quintessence du message?

Comme je vous l’ai dit, je suis un démocrate. J’ai créé une alliance qui s’appelle “Alliance patriotique pour l’éveil, pour l’union“ avec laquelle je suis allé aux élections législatives et communale. Et je n’ai pas pris l’alliance parce que quand on parle d’alliance, il y a d’autres partis. Je suis allé prendre mon mouvement. J’avais un mouvement depuis les années 2004. Et c’est avec ce mouvement que je suis allé au “Bloc Républicain“. Mais avant d’aller au “BR“, vous savez qu’en politique, il y a « des non-dits ». Mais à mes plus proches amis, j’ai dit pourquoi j’allais au “BR“. Et comme je l’ai expliqué tout à l’heure, si nous devons contribuer à la réélection du Président Talon, il y aura des dubitatifs. J’ai beaucoup d’enseignants, de professeurs qui sont autour de moi dans mon mouvement politique. Beaucoup étaient dubitatifs,  et il était difficile de les convaincre. C’est pourquoi je me suis permis de me battre pour rester dans la traversée du désert qui n’a pas été facile pour  ma famille biologique et ma famille politique. Mais j’ai tenu et je disais à Dieu de me donner la vie. C’est le message que j’ai à passer.

Propos recueillis par Yan Atayi