Exposition : Roméo Mivekannin réédite la carte post coloniale

Culture

La Galerie Cécile Fakhoury de Dakar abrite jusqu'au 05 juin  la première exposition personnelle de l’artiste béninois Roméo Mivekannin au Sénégal. Dénommée Hosties noires, cette exposition s'inspire de documents d’archives coloniales,  des cartes postales qui représentaient des femmes de tirailleurs dans les tâches de la vie quotidienne.

Au cours  la Première Guerre mondiale, des soldats noirs ont été sollicités pour efforts  de guerre. Désignés sous le terme global de tirailleurs sénégalais leur apport dans ce conflit mondial a été considérable. De façon concrète, le contingent était composé de soldats maliens, sénégalais, burkinabés et d'Afrique française équatoriale, Tchad et Gabon. Certains de ces soldats, particulièrement ceux postés en Afrique du Nord, étaient autorisés à s'établir avec femmes et enfants, non sans provoquer certaines tensions chez leurs camarades français, stationnés eux loin des leurs.

C'est donc c'est histoire, que Roméo Mivekannin s'est donné la pieuse tâche de reproduire en image. L'artiste plonge le public dans les archétypes de l'imagerie coloniale et s'intéresse notamment aux cartes postales que les soldats français envoyaient à leur famille en métropole.  Des Personnages à échelle humaine sont peints sur de grands draps teintés de marron. Entre fantasme d'exotisme, idéologie coloniale et fascination pour l'autre, ces images témoignent du rapport ambigu entre la métropole et ses colonies. Des archives qu’il s’est réapproprié à sa manière. Car de cette exposition on remarque aisément son autoportrait sur les corps des femmes et des enfants. « Ce visage nous regarde de côté, de haut, commente la galeriste Delphine Lopez. Il y a vraiment l’idée en fait de renvoyer notre propre regard. Quelle est l’image que l’on regarde et qu’est-ce que cette image nous dit, à nous, visiteurs du XIXe siècle ? »

Démêlant sur un assemblage de draps passés à l'épreuve de bains rituels qui leurs donnent leur teinte si particulièrement singulière, Roméo Mivekannin reproduit les images de ces femmes noires devenues image-objet sous l'œil mécanique de l'appareil photo colonial. Il est question de  10 peintures sur drap, une installation composée de 18 tirailleurs sénégalais et un néon lumineux reprenant les vers d'un poème.  L'emplacement de la peinture se révèle comme  un lieu de dialogue et de confrontation des imaginaires pour le spectateur contemporain.

Né à Bouaké (Côte d’Ivoire) en 1986, Roméo Mivekannin vit et travaille entre Toulouse (France) et Cotonou (Bénin). Au croisement de la tradition héritée et du monde contemporain, Roméo Mivekannin intègre ses créations au sein d’une temporalité ancestrale, fabriquant ses propres rituels, en écho à la cosmologie vaudou, très présente au Bénin.

Raoul DONVIDE